05 mars 2007
François Bayrou : "Je sens la volonté du peuple se former !"
François Bayrou était ce matin l’invité de
"C’est arrivé demain." Sur Europe 1, il a décliné la voie qu’il veut
tracer pour la France dans les cinq prochaines années. L’élection, le
gouvernement, les législatives, le nouveau mouvement qui pourrait
naître, Airbus, et surtout, "Le Projet Espoir", son nouveau livre,
François Bayrou n’a esquivé aucune des questions de Dominique Souchier.
Cette semaine, François Bayrou publiera son prochain livre aux édition Plon. Son titre, Projet Espoir , se veut un résumé du projet politique du candidat à l’élection présidentielle. Il se demande dans ce livre, sans doute le plus important de sa carrière, pourquoi les campagnes électorales basculent. Quel est le point d’équilibre. Pour François Bayrou, elles sont marquées par deux étapes. Le premier acte d’une campagne électorale s’axe autour de la question de savoir qui peut être président. Les citoyens sont comme des spectateurs d’un match de rugby. Ils regardent le jeu. Applaudissent les beaux coups. Sifflent quand des actions litigieuses leur paraissent non réglementaires. Il prend l’exemple du match Pau-Racing Club de France qu’il est allé voir samedi soir.
Le deuxième temps semble très proche du premier. Mais lui paraît extrêmement différent. La question devient : "Qui peut être notre président ?" On atteint là au degré de confiance entre un peuple et un homme ou une femme. Et c’est l’élection en elle-même qui décidera si François Bayrou sera l’homme que les Français auront choisi pour être leur président.
En 1981, on posait éternellement cette même question de la représentation nationale après l’élection présidentielle à François Mitterrand. Les journalistes s’escrimaient à vouloir lui faire dire qu’il ne parviendrait pas à la conquérir. Avec une aussi grande majorité sortante, une majorité qui vous est opposée, comment allez-vous procéder pour gouverner avec elle ? François Bayrou cite alors François Mitterrand qui répondait : "Faites grâce aux Français que s’ils m’élisent, ils éliront avec moi la majorité qui me permettra de conduire la politique de la Nation." Une réponse qui reste définitive pour François Bayrou.
Certes, admet-il, il faudra changer de loi électorale. Pour que tout le spectre politique soit représenté au Parlement, il conviendra d’aménager cette loi qui n’est pour l’instant qu’un scrutin majoritaire uninominal. François Bayrou prévoir d’y introduire une dose de proportionnelle à raison de la moitié. Ce changement interviendra lorsque le nouveau gouvernement et la nouvelle majorité seront en place. Cette majorité élue le 9 juin sera celle des élus qui souhaitent rejoindre le rassemblement de compétences venues de sensibilités différentes. Je présenterai, affirme-t-il, des candidats issus de ce mouvement dans chaque circonscription.
François Bayrou récapitule ainsi les étapes qui conduiront au rassemblement des Français : le président est élu le 6 mai. Le 17 mai, un gouvernement entre en fonction, ouvert à tous, avec une profonde armature du centre. Avec à ses côtés des hommes et des femmes de la gauche républicaine et de la droite républicaine. François Bayrou insiste sur le fait qu’il veut sortir des affrontements entre l’UMP et le PS qui ont eu lieu depuis 25 ans. Il apprend par la bouche de Dominique Souchier le titre du Journal du Dimanche : Tous contre Bayrou. Chacun à droite comme à gauche, y va de sa petite phrase sur l’immobilisme qui pourrait survenir si François Bayrou venait à être élu. Lui leur réplique qu’ils n’ont été que les chantres du mouvement, avec les résultats que l’on sait. La situation du pays est grave, rappelle-t-il.
Le mouvement qui se produit en ce moment signifie que les Français ont entendu les propositions de François Bayrou. Ils lui disent qu’ils iront avec lui vers une nouvelle méthode. Une méthode du XXI° siècle. Une manière de gouverner nouvelle, avec des gens différents, qu’ils soient de son bord politique ou non. Mais qu’ils aient le même objectif et soient d’accord sur les moyens pour y parvenir. La vague qui sera créée par ce vote est un phénomène précurseur. Il obligera les partis politiques à travailler ensemble.
François Bayrou cite l’exemple allemand. L’Allemagne a mis devant leurs responsabilités des dirigeants qui "s’étripaient depuis trente ans." Ils l’on fait, selon lui, et cela fonctionne. On vient de toute l’Europe pour constater la réussite allemande spectaculaire. Il reste une opposition en Allemagne comme il restera une opposition en France, François Bayrou ne se fait pas d’inquiétude sur ce point. Il pense, ainsi qu’Hervé Morin le disait hier, qu’il faut un grand parti démocrate en France. A l’instar du Parti démocrate aux Etats-Unis, du Parti du Congrès en Inde. François Bayrou pressent un grand mouvement dans le monde qui réussirait la synthèse entre le réalisme et la générosité. Pour mieux affronter la mondialisation.
Il se dit ouvert à toutes les propositions, tous les conseils, notamment ceux de ses adversaires politiques. Mais préfère tracer une voie politique qui sera celle de l’avenir. Qu’il évoque dans sn livre à paraître cette semaine : Projet Espoir aux édition Plon. Le point central de ce livre, selon François Bayrou, c’est que la France porte un projet républicain unique au monde. Qui ne ressemble à aucun autre projet politique dans le monde et qu’il veut préserver. C’est la raison pour laquelle il s’est lancé dans cette élection présidentielle.
Dominique Souchier l’interroge sur la situation actuelle d’Airbus. François Bayrou, qui doit rencontrer lundi à Toulouse des représentants des salariés d'Airbus, a réaffirmé que les Etats européens devaient "soutenir" l'avionneur pour lui permettre de surmonter la crise actuelle. "Comme pour Boeing, lorsque les grandes entreprises aéronautiques sont en difficulté, elles doivent trouver les Etats en soutien, pour passer le cap difficile", a-t-il déclaré. "Ca a été fait par le gouvernement américain pour Boeing, par de la commande publique, et il me semble que ça doit être fait par les Etats européens pour Airbus", a-t-il poursuivi. Pour lui, c’est la conséquence "des dégâts d'une gestion plus politique qu'industrielle". "Il y avait un arrière fond de lutte politique perpétuelle au sein de l'Etat. La manière dont Airbus a été pris en otage, non seulement par des conflits entre nations, mais des conflits politiques à l'intérieur des nations a coûté très cher à Airbus et ce sont aujourd'hui les salariés qui soldent l'addition", a-t-il dit, en conclusion de cet entretien téléphonique.